NEW YORK. Jugeant Wall Street trop lente, trop technique et insuffisamment centrée sur sa personne, Donald Trump aurait annoncé la création d’un nouveau marché financier entièrement indexé sur lui-même. Objectif affiché : remplacer les vieux indicateurs économiques par un système plus moderne, où les investisseurs pourront enfin acheter, vendre et paniquer directement en fonction de ses humeurs, de ses majuscules et de l’heure exacte de publication de ses messages.
Selon les premières informations, cette nouvelle place financière ne fonctionnerait plus avec des secteurs dépassés comme la tech, l’énergie ou l’industrie, mais avec des compartiments jugés beaucoup plus utiles : Colère, Caprice, Menace, Recul Tactique et Vérité Alternative. Les investisseurs pourront ainsi se positionner sur des valeurs refuges comme le “Trump Stable”, actif défensif destiné aux journées où il n’a encore insulté personne avant 10 heures.
“Les marchés ont besoin de lisibilité”, aurait expliqué un proche du dossier. “Or aujourd’hui, tout dépend déjà de lui. Il était donc logique de supprimer les intermédiaires inutiles comme les banques centrales, les analystes, les statistiques et parfois la réalité.”
Dans ce nouveau système, les cours ne varieront plus selon les résultats d’entreprise mais selon des signaux beaucoup plus compréhensibles. Trois points d’exclamation entraîneront une hausse automatique du secteur armement. Une publication contenant les mots “sad”, “weak” ou “disaster” provoquera un repli des valeurs diplomatiques. En revanche, si Trump écrit “great” à propos de lui-même avant le petit-déjeuner, l’ensemble des marchés passera en euphorie artificielle pendant vingt minutes.
La réforme prévoit aussi la création d’un indice phare, le DJT 500, composé exclusivement d’entreprises qui espèrent ne pas être mentionnées dans un discours. À côté, un Nasdaq Patriotique regroupera les sociétés technologiques ayant accepté de renommer leurs licenciements en “victoires sociales temporaires”.
Pour fluidifier les échanges, les délits d’initiés seraient eux aussi modernisés. Ils ne s’appelleraient plus ainsi, mais “abonnements premium à l’ambiance générale”. Les investisseurs les mieux introduits n’auraient plus besoin d’informations confidentielles ; il leur suffirait de savoir si Trump a déjeuné trop tard, perdu au golf ou regardé la télévision sans être assez complimenté.
À la clôture, un grand tableau récapitulera les raisons officielles de la séance : “marchés en hausse grâce à une confiance retrouvée”, “marchés en baisse en raison d’un mot tapé en majuscules”, ou encore “forte volatilité après une décision improvisée entre deux desserts”.
Du côté des milieux financiers, l’accueil serait globalement favorable. “C’est plus simple”, résume un trader new-yorkais. “Avant, il fallait lire des notes de conjoncture de quarante pages. Maintenant, il suffit de voir s’il s’est levé vexé.”
La Maison-Blanche réfléchirait déjà à une extension du dispositif. Après la Bourse, Trump envisagerait de créer son propre Conseil de sécurité international, composé d’un présentateur de télévision, de deux donateurs, d’un influenceur musclé et d’un homme chargé d’applaudir dès qu’il entre dans une pièce.
À ce stade, Wall Street hésite encore entre dénoncer une dérive inquiétante et admettre qu’en pratique, cela lui ferait gagner un temps considérable.



















