PARIS — Dans le cadre d’un vaste plan de rationalisation des dépenses publiques et de modernisation de l’audiovisuel, le gouvernement a annoncé ce matin une mesure expérimentale destinée à générer des économies immédiates : la suppression progressive de la lettre « e » de l’alphabet français à compter de judi prochain.
Selon Matignon, cette décision permettrait de réduire “considérablement le volume typographique national”, tout en envoyant un signal fort aux marchés, aux imprimeurs et aux élèves de CE1 déjà en difficulté avec les accents.
“Le e est une lettre très utilisée, donc très coûteuse”, a expliqué un conseiller en sobriété grammaticale, devant un pupitre sur lequel était inscrit : “Rform d l’audiovisul public”. “Chaque année, des millions de e sont imprimés, prononcés, sous-titrés, chantés et mal placés dans des mails administratifs. Il fallait agir.”
La réforme, d’abord envisagée pour l’audiovisuel public, s’étendra finalement à l’ensemble du pays. France Télévisions pourrait ainsi devenir “Franc Tvisions”, Radio France “Radio Franc”, tandis que les journaux télévisés seraient invités à raccourcir certains mots en direct pour économiser du temps d’antenne, de la salive et plusieurs millimètres de bandeau déroulant.
D’après les premiers calculs, la suppression du e permettrait de réduire de 14 % la longueur moyenne des communiqués officiels, de 22 % les discours de remise de prix, et de 97 % les interventions où quelqu’un dit “en même temps”. Le ministère de la Culture y voit une occasion historique de “réconcilier rigueur budgétaire et avant-garde typographique”.
La mesure a été présentée comme indolore. Les Français pourront continuer à utiliser la lettre e dans un cadre privé, à condition de ne pas en abuser. Un quota familial de 38 e par semaine sera mis en place, hors prénoms composés, enterrements et mots croisés de niveau expert.
Les administrations, elles, devront appliquer la réforme sans délai. Les formulaires Cerfa seront renommés “Crfa”, ce qui, selon le gouvernement, devrait les rendre “plus lisibles car moins affectifs”. Les préfectures recevront prochainement une circulaire de 112 pages expliquant comment retirer la lettre e des circulaires de 112 pages.
L’Éducation nationale a salué “un défi pédagogique stimulant”. À partir de la rentrée, les élèves apprendront un alphabet réduit, plus compétitif, composé de 25 lettres et d’un silence administratif entre le d et le f. Les dictées seront adaptées. La phrase “Le renard traverse le chemin” deviendra “L rnard travrs l chmin”, ce qui permettra aux enseignants de corriger plus vite, tout en préparant les enfants au style des SMS de leur oncle.
Dans l’audiovisuel public, plusieurs émissions pilotes sont déjà en préparation. “Télématin” pourrait devenir “Tlmatin”, une version plus nerveuse, plus courte et légèrement enrhumée de l’émission actuelle. “C dans l’air” deviendrait “C dans l’air”, ce qui a provoqué une grande satisfaction au ministère : “C’est exactement le type de programme déjà compatible avec la sobriété alphabétique.”
Les chaînes privées observent la réforme avec intérêt. Plusieurs groupes envisageraient de supprimer aussi le a, jugé trop ouvert, ou le o, trop rond pour les nouvelles contraintes budgétaires. Un consultant a toutefois appelé à la prudence : “Si tout le monde commence à supprimer des voyelles, on risque de se retrouver avec des débats politiques composés uniquement de consonnes, ce qui existe déjà mais sans les économies.”
La mesure suscite quelques inquiétudes dans le secteur culturel. Des libraires redoutent une baisse brutale du volume des romans, notamment chez les auteurs russes, dont certains noms pourraient perdre leur stabilité structurelle. Le monde de la chanson française est également concerné : plusieurs refrains devront être réécrits, tandis que les chanteurs à texte pourraient être invités à devenir chanteurs à txt.
À l’Académie française, l’annonce a provoqué une réunion d’urgence. Les académiciens se seraient accordés sur une position prudente : ils ne sont pas opposés aux économies, mais souhaitent conserver le e au moins dans “épée”, “éternité” et “enveloppe kraft”, trois mots jugés indispensables à la civilisation.
Le gouvernement assure que la réforme sera évaluée après six mois. Si les résultats sont satisfaisants, d’autres lettres pourraient être placées sous surveillance, notamment le h, souvent présent mais rarement utile, et le y, soupçonné de mener une vie luxueuse entre deux voyelles.
En attendant, une campagne nationale sera lancée lundi sous le slogan : “Un pays plus court, un avenir plus clair.” Une version sans e est déjà prête : “Un pays plus court, un avnir plus clair”, mais elle coûte encore trop cher à imprimer.



















