SAINT-MARTIN-DES-PRÉS — Face au prix des vacances, la commune de Saint-Martin-des-Prés a décidé d’innover : puisque les habitants ne peuvent plus partir observer les animaux sauvages à l’autre bout du monde, ils pourront désormais observer ceux du quartier, principalement couchés sur des capots de voiture.
Depuis lundi, le village propose son premier safari de chats domestiques, une visite guidée de 47 minutes permettant d’approcher la faune locale : Minouche, Grisou, Tartine, Pixel et un chat roux non identifié qui semble appartenir à tout le monde sans appartenir à personne.
« Beaucoup de familles n’ont plus les moyens de partir loin. Nous avons donc regardé ce que nous avions sur place : une fontaine en panne, trois bancs publics et douze chats qui font exactement ce qu’ils veulent », explique la mairie dans un communiqué sobrement intitulé L’Afrique à 600 mètres de la boulangerie.
Le parcours commence devant l’église, où les visiteurs reçoivent une carte, une paire de jumelles et une consigne stricte : ne jamais tenter de caresser Tartine, classée “territorialement sensible” depuis qu’elle a griffé le facteur en 2021. Le groupe traverse ensuite les principaux sites d’observation : le muret de Mme Loiseau, le rebord de fenêtre du cabinet dentaire, l’arrière du garage Renault et le très réputé “couloir migratoire des poubelles jaunes”.
« Là, vous avez une scène rare », murmure le guide en désignant un chat immobile sous une haie. « Il fait semblant de ne pas entendre son prénom. C’est un comportement typique du chat domestique français. »
Pour renforcer le sentiment d’évasion, la commune a renommé plusieurs lieux. Le parking de la salle des fêtes est devenu “la grande plaine bitumée”. Le jardin derrière la mairie s’appelle désormais “la savane humide”. Quant au porche de la pharmacie, régulièrement occupé par un chat noir de huit kilos, il a été classé “zone premium d’observation”.
Le tarif reste abordable : 6 euros pour les adultes, 3 euros pour les enfants, gratuit pour les moins de trois ans et les personnes capables d’attirer un chat sans faire “pspsps”. Une formule famille inclut une boisson, une carte postale et le droit de dire au retour : « Finalement, on n’a pas besoin d’aller loin pour être dépaysé. »
Les commerçants se sont rapidement adaptés. La boulangerie vend désormais des “croissants safari”, identiques aux croissants normaux mais présentés dans un sachet avec une empreinte de patte. Le bar-tabac a installé une terrasse orientée vers le passage supposé de Pixel, très demandé depuis qu’il a été aperçu en train de fixer un pigeon avec “une intensité documentaire”.
Certains habitants s’interrogent tout de même sur le consentement des animaux. La mairie affirme avoir tenté une consultation, mais seuls deux chats se sont présentés, dont un qui s’est immédiatement couché sur le formulaire. « Nous avons interprété cela comme une abstention constructive », indique l’adjointe au tourisme.
Le succès est déjà au rendez-vous. Plusieurs familles ont réservé la visite “crépuscule”, jugée plus spectaculaire car elle correspond à l’heure où les chats traversent lentement la route sans tenir compte du code de la route, des voitures ou du concept même d’urgence.
Devant l’engouement, Saint-Martin-des-Prés prépare déjà de nouvelles activités : une randonnée “traces de pattes sur capot”, un atelier “identifier le chat qui vous juge” et une sortie nocturne autour du mystère du bol de croquettes vidé à 3 h 12 du matin.
Le maire espère désormais obtenir un label national de tourisme durable. « Qu’y a-t-il de plus durable qu’un chat qui dort au même endroit depuis neuf ans ? » a-t-il déclaré devant la presse locale, pendant qu’un chat blanc quittait la conférence avant les questions.
Une extension intercommunale est déjà envisagée sous le nom “Les grands félins du canton”. Au programme : deux siamois derrière une baie vitrée, un persan dans une véranda et, si les conditions sont favorables, l’apparition exceptionnelle d’un lapin nain dans un garage entrouvert.


















