GENÈVE — Réunis en sommet d’urgence au Palais des Nations, des diplomates de 42 pays, plusieurs psychologues, deux sociologues, un ancien community manager épuisé et une femme qui n’a toujours pas répondu à un message reçu en juillet 2021 tentent depuis lundi de répondre à l’une des grandes questions laissées en suspens par la civilisation moderne : à partir de combien de jours n’est-il plus humainement acceptable de répondre à un message par « désolé, je viens de voir« .
L’initiative, portée conjointement par l’ONU, l’Unesco et un groupe de travail de l’Union européenne sur la mauvaise foi numérique, vise à mettre fin à des années de flou juridique, moral et affectif. Car si chacun reconnaît le droit fondamental à ne pas répondre immédiatement, personne n’est aujourd’hui capable de dire avec certitude si l’on peut encore écrire je viens de voir après trois jours, deux semaines, ou après avoir liké entre-temps une story de la personne concernée montrant clairement qu’on était bien vivant et connecté.
Selon les premiers travaux, le seuil de crédibilité varie fortement selon la nature du message. Pour un simple coucou, les experts estiment que le je viens de voir reste défendable jusqu’à quatre jours, à condition d’ajouter un petit emoji fatigué ou une référence vague à une période chargée. Pour un message plus engagé du type Tu serais dispo mercredi ?, la fenêtre se refermerait au bout de 62 heures. Au-delà, on n’est plus dans le retard, mais dans une stratégie.
Les débats se sont en revanche tendus sur les cas les plus sensibles. La délégation italienne défend le principe d’une souplesse méditerranéenne pouvant aller jusqu’à onze jours, surtout en été. L’Allemagne réclame un cadre strict, lisible et opposable, avec tableau de correspondance selon le degré d’urgence et la présence éventuelle d’un point d’interrogation. La France, fidèle à sa tradition diplomatique, soutient une ligne plus ambiguë consistant à ne répondre ni trop vite ni trop clairement, tout en laissant penser que l’on aurait pu répondre plus tôt si l’on avait voulu, mais qu’on a préféré laisser un peu vivre les choses.
Le sommet a déjà permis d’établir plusieurs catégories. De 0 à 48 heures, on parle de délai raisonnable. De 3 à 6 jours, le je viens de voir entre dans la zone grise du mensonge socialement admis. Entre 7 et 14 jours, les experts recommandent d’abandonner la formule au profit d’un sobre pardon pour la réponse tardive, jugé moins risqué et moins insultant pour l’intelligence d’autrui. Au-delà de 15 jours, le dossier bascule dans le champ de l’archéologie relationnelle.
Un rapport de 87 pages, présenté mardi matin, détaille les circonstances aggravantes. Parmi elles figurent le fait d’avoir été vu en ligne, d’avoir changé sa photo de profil, d’avoir publié trois fois sur Instagram, ou pire, d’avoir répondu dans l’intervalle à un message secondaire du même interlocuteur sans jamais traiter le premier. Les experts considèrent ce dernier cas comme l’une des formes les plus avancées de dissociation numérique active.
À Genève, plusieurs témoins sont venus raconter leur propre expérience. Un homme de 34 ans a reconnu avoir utilisé je viens de voir après neuf jours pour répondre à une invitation à déjeuner pourtant reçue avec notification, vibration et aperçu écran. Une femme de 41 ans a admis avoir tenté la formule après 17 jours, avant de découvrir que son destinataire l’avait vue liker un reel sur les chaises scandinaves 48 heures après la réception du message. Depuis, elle ne communique plus que par cartes postales.
Face à l’émotion suscitée par ces récits, l’ONU envisage plusieurs recommandations concrètes. D’abord, interdire la formule je viens de voir à toute personne ayant posté entre-temps des contenus prouvant une activité numérique soutenue. Ensuite, obliger au recours à une excuse alternative à partir du cinquième jour, par exemple semaine un peu dense, désolé je me suis laissé déborder, ou le plus honnête je n’avais pas l’énergie pour répondre et maintenant je reviens comme un petit rat. Enfin, créer un corridor humanitaire pour les messages oubliés depuis plus de trois semaines, afin d’autoriser leur abandon discret sans représailles diplomatiques.
La question des messages vocaux fait l’objet d’un traitement distinct. Plusieurs États demandent que tout vocal de plus de deux minutes ouvre automatiquement un droit de réponse différée illimitée, sans justificatif. Le Canada a même proposé qu’au-delà de quatre minutes, le destinataire soit juridiquement fondé à ne jamais répondre du tout, au nom du respect de la vie intérieure.
WhatsApp, de son côté, suit les discussions avec attention. La plateforme ne cache pas son intérêt pour un éventuel label de sincérité permettant d’afficher, à côté de certains messages, la mention réponse tardive mais honnête. Meta étudierait aussi une fonction de secours offrant aux utilisateurs en difficulté trois options pré-rédigées : désolé, je viens de voir ; pardon, j’ai complètement zappé ; et la plus brutale, j’ai vu, mais je n’étais pas prêt à être cette personne-là cette semaine.
Les diplomates espèrent un accord d’ici vendredi, même si plusieurs délégations admettent qu’il sera difficile de trouver un consensus mondial. Beaucoup craignent en effet qu’une règle trop claire ne prive des millions d’êtres humains de l’un de leurs derniers outils de survie relationnelle. Car derrière ce petit mensonge fatigué, il y a toute une civilisation du retard poli, du retour maladroit et de la réapparition sans panache.
En attendant, les discussions se poursuivent dans une atmosphère studieuse. Mercredi soir, un incident a toutefois brièvement interrompu les travaux après qu’un représentant suédois a répondu à un message reçu trois minutes plus tôt par un simple désolé, je viens de voir. Immédiatement évacué de la salle, il a été placé en observation, les experts soupçonnant un problème de compréhension générale du sujet.



















