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Prix de l’essence : Waze demande si ton trajet vaut vraiment le coup

Avant même de proposer un itinéraire, l’application commencera désormais par poser les vraies questions : “Tu as vraiment besoin d’aller chez Action un dimanche ?”, “Le pain ne peut-il pas être acheté demain ?” et, pour certains trajets vers une zone commerciale, “Es-tu sûr de ne pas simplement traverser une période.”

PARIS — Jusqu’ici, Waze aidait les Français à aller quelque part. À partir de cette semaine, l’application va essayer de les en dissuader.

Face au prix du carburant, l’entreprise a annoncé une mise à jour majeure baptisée “Trajet réfléchi”, une fonction simple, mature et légèrement intrusive, conçue pour poser avant chaque départ la seule question qui compte désormais dans les voitures françaises :

“Tu es sûr ?”

Le principe est révolutionnaire.

Vous entrez une destination. Boulangerie, jardinerie, zone commerciale, “petit détour rapide”, belle-mère. Et avant de calculer l’itinéraire, Waze ouvre une fenêtre.

“Cette mozzarella vaut-elle réellement 4,6 kilomètres ?”

Selon les premiers retours, le système aurait été testé ce week-end sur plusieurs millions d’automobilistes français, avec des résultats jugés “très douloureux mais pédagogiques”. À Orléans, un homme souhaitant partir “vite fait” à Castorama s’est ainsi vu opposer un message extrêmement sec : “Vous y êtes déjà allé hier pour des chevilles. Voulez-vous vraiment relancer ce cycle ?”

À Reims, une mère de famille qui cherchait à déposer un colis à 18 h 42 a reçu cette alerte : “Vous passez demain devant ce point relais. Souhaitez-vous admettre que ce trajet relève de l’impatience ?”

Et à Toulouse, un utilisateur ayant tapé “boulangerie” pour un trajet de 650 mètres a simplement vu apparaître : “Marche proposée. Confiance moyenne, mais sincère.”

Le ton varie selon la destination. Pour la pharmacie, Waze demande : “Urgence réelle ou shampoing que vous aimez bien ?”

Pour Leroy Merlin, le logiciel renonce à juger mais propose automatiquement : “Ajoutez aussi la déchetterie, le drive et le retour du petit chez ses copains pour amortir le moteur.”

Les trajets les plus sévèrement traités restent cependant ceux vers les zones commerciales dites “sans colonne vertébrale”.

Centres périphériques.
Grandes surfaces “juste pour voir”.
Magasins où l’on entre pour des piles et d’où l’on ressort avec une lampe, deux paniers et une sensation trouble d’avoir vécu.

Pour ceux-là, Waze ne donne plus seulement un itinéraire.

Il ouvre une conversation.

“Vous dites partir pour une housse de couette. Statistiquement, ce trajet se termine avec 74 euros de dépenses annexes. Souhaitez-vous poursuivre malgré tout ?”

Dans les foyers français, la fonctionnalité fait déjà des dégâts.

“Avant, je pouvais juste dire ‘je passe vite fait’ et partir”, raconte un père de famille de 45 ans. “Maintenant, l’appli lit à voix haute : ‘Trajet non essentiel détecté.’ Devant les enfants. Franchement, c’est humiliant, mais assez exact.”

Même trouble chez cette conductrice nantaise, qui dit avoir renoncé dimanche à prendre la voiture après avoir reçu un itinéraire “moralement commenté”.

“Je voulais aller acheter une seule courgette parce qu’on avait oublié”, explique-t-elle. “Waze m’a affiché : ‘Une seule courgette ne constitue pas une stratégie logistique.’ J’ai trouvé ça intrusif. Puis j’ai regardé mon reflet dans l’écran noir. Et je suis restée chez moi.”

La mise à jour intègre aussi un mode regroupement passif-agressif.

Si vous entrez trois destinations séparées dans la même zone sur quarante-huit heures — par exemple pressing, pain, pharmacie — l’application cesse de calculer et vous écrit : “Très bien. On va s’asseoir deux minutes et apprendre à vivre ensemble.”

Elle propose alors un unique itinéraire groupé, assorti de ce commentaire : “Vous ne sortez plus avant mardi.”

Les couples semblent particulièrement touchés.

À Lille, une femme voulant “juste aller chez sa mère une petite heure” a vu le téléphone de son conjoint s’illuminer avec la notification suivante : “Trajet affectif à faible rendement kilométrique.”

À partir de là, la soirée a été considérée comme perdue.

Waze a aussi prévu un traitement spécifique pour les parents.

Dès qu’un trajet implique judo, orthophoniste, anniversaire dans un trampoline park ou récup d’un enfant ayant oublié son sac, l’application ne juge plus. Elle soupire.

Puis elle affiche : “Nous reconnaissons ici un déplacement qui n’a pas été choisi.”

Avant d’ajouter, si l’utilisateur insiste pour faire un détour par une boulangerie artisanale : “Pain premium détecté. Le contexte ne le justifie pas entièrement.”

Les automobilistes français découvrent ainsi une innovation de rupture : un GPS qui ne vous aide plus à aller plus vite, mais à ne pas partir du tout.

Un porte-parole de Waze résume le projet avec sobriété :

“Nous avons longtemps pensé que notre métier consistait à éviter les bouchons. Nous comprenons aujourd’hui que le vrai bouchon, c’est parfois le trajet lui-même.”

L’application apprend d’ailleurs les habitudes de chacun.

Si vous allez trop souvent dans une grande surface de bricolage, elle active le niveau 1 : “Projet en cours ou simple besoin de déambuler ?”

Au bout de quatre visites en dix jours, elle passe au niveau 2 : “Vous ne construisez rien. Vous traversez quelque chose.”

Même les détours “pour rentabiliser” sont désormais surveillés.

Hier encore, un Français pouvait partir acheter du lait et revenir trois heures plus tard avec du terreau, une boîte de rangement et un barbecue portable en expliquant que “tant qu’on y était”. Aujourd’hui, Waze interrompt ce type de mensonge à la source.

“Vous n’y étiez pas. Vous vous êtes rajouté ça.”

Dans sa version premium, l’application proposera bientôt une nouvelle voix de guidage spécifiquement conçue pour le marché français : Tante Patricia, 61 ans, capable d’annoncer calmement : “Dans 300 mètres, faites demi-tour. Franchement, ça pouvait attendre.”

Ou encore : “Continuez tout droit pendant 2 kilomètres. Mais retenez bien que tout ça pour du papier cadeau, c’est beaucoup.”

Les premiers utilisateurs disent vivre cette évolution avec des sentiments partagés.

D’un côté, ils se sentent observés, recadrés, psychologiquement expertisés par un écran.

De l’autre, beaucoup reconnaissent qu’ils n’avaient pas besoin d’aller à Décathlon à 19 h 12 “juste pour voir les gourdes”.

“C’est violent”, reconnaît un homme de 39 ans. “Mais la semaine dernière, j’ai tapé ‘fleuriste’ et l’appli m’a demandé : ‘Tu offres vraiment des fleurs, ou tu t’achètes un alibi de 12 euros ?’ J’ai annulé le trajet. Donc bon. Elle m’aide.”

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