TÉHÉRAN — Après plusieurs jours de fermetures, de réouvertures partielles, de nouvelles fermetures, puis d’explications contradictoires données avec beaucoup d’assurance, l’Iran a finalement livré à la communauté internationale la clé de la situation au détroit d’Ormuz : si rien n’avance, c’est simplement parce que tout le monde s’y prend mal.
Selon plusieurs responsables régionaux, le détroit n’aurait jamais été totalement bloqué au sens strict. Il aurait surtout été abordé par les Occidentaux comme une immense baie vitrée géostratégique. Or, là où Washington, Londres et plusieurs compagnies maritimes continuaient obstinément de tirer, Téhéran assure depuis le début qu’il fallait pousser.
Le malentendu durerait depuis plusieurs jours. Des pétroliers entiers auraient ainsi stationné à l’entrée du détroit dans un silence tendu, comme des clients devant une porte de supermarché qu’ils refusent d’ouvrir dans le bon sens par orgueil. Un diplomate européen reconnaît que personne n’a osé poser la question franchement. Tout le monde faisait semblant de comprendre le mécanisme, tout en regardant discrètement ce que faisaient les autres.
À Londres, des experts en sécurité maritime auraient été brièvement rejoints par deux anciens agents de maintenance de centres commerciaux, jugés plus qualifiés pour comprendre l’architecture réelle du problème. Leur rapport, transmis en urgence au Foreign Office, conclurait que le détroit fonctionne moins comme une voie maritime classique que comme une porte vitrée très chère, mal signalée, et gérée par quelqu’un qui s’agace vite quand on force.
À Téhéran, on se dit surpris par la confusion occidentale. Un responsable proche du dossier explique que le passage a bien été rouvert à certains moments, mais seulement pour les navires ayant compris la philosophie générale du dispositif. Selon lui, plusieurs tankers ont commis l’erreur classique consistant à tirer une première fois, puis à retirer un peu, puis à retenter plus fort, ce qui est exactement le genre de comportement qui conduit une baie vitrée nerveuse à se refermer par principe.
Le problème, selon plusieurs chancelleries, est que les consignes ont changé toutes les trois heures. À un moment, il fallait attendre. Puis passer, mais avec coordination. Puis repasser plus tard. Puis surtout ne pas se mettre trop à l’aise. Dans ces conditions, plusieurs équipages disent ne plus savoir s’ils naviguent dans un détroit stratégique ou dans l’entrée d’une boutique conceptuelle un samedi après-midi.
À Paris, un groupe interministériel aurait brièvement défendu l’idée qu’il fallait peut-être coulisser. Cette hypothèse a été abandonnée au bout de quarante minutes, après qu’un conseiller a tenté de le démontrer sur une vitre du Quai d’Orsay sous le regard fatigué de trois amiraux.
Les marchés, eux, commencent à montrer des signes de lassitude. Un trader londonien résume la situation avec sobriété : on ne suit plus le pétrole, on suit une poignée. À chaque rumeur de réouverture, les cours respirent. À chaque rappel qu’en fait personne n’a compris comment entrer, ils repartent dans l’autre sens.
Face à la confusion, l’Iran envisagerait plusieurs mesures de simplification. Parmi elles, la pose d’un discret panneau Pousser, l’installation d’un pictogramme géant visible depuis les pétroliers, et la création d’une voie spéciale pour les navires ayant déjà essayé trois fois dans le mauvais sens mais montrant une vraie volonté de progresser.
Plusieurs capitaines restent pourtant méfiants. L’un d’eux affirme que même lorsqu’ils poussent, on leur explique ensuite qu’ils ont poussé d’une manière qui pouvait être perçue comme une forme de traction. Un autre dit avoir reçu dans la même matinée trois messages lui conseillant de reprendre confiance, de ne rien tenter seul et d’attendre qu’on lui confirme si la poignée était bien toujours une poignée.



















