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Face à la dette, la CGT exige que le 1er-Mai soit désormais célébré pendant 72 heures

Face à la dette, la CGT exige que le 1er-Mai soit désormais célébré pendant 72 heures

MONTREUIL — Estimant qu’il serait irresponsable de répondre à une crise budgétaire durable avec un simple jour férié de 24 heures, la CGT a demandé ce jeudi l’extension immédiate du 1er-Mai à 72 heures pleines, afin de laisser aux salariés français le temps de célébrer dignement le travail, de se reposer du travail, puis de récupérer du fait d’avoir célébré le travail.

Présentée comme une mesure de bon sens social dans un contexte d’endettement anxiogène, la proposition prévoit cette année un 1er-Mai débutant le 30 avril à 18h, se poursuivant tout au long du 1er mai, puis s’achevant le 2 mai au soir après une phase dite de “retour progressif à la productivité”.

Selon la centrale syndicale, le pays ne peut plus continuer à affronter les plans d’économies, les appels à l’effort et les discours sur la rigueur avec un calendrier “aussi peu ambitieux”. Un responsable confédéral rappelle qu’en l’état actuel des finances publiques, les Français ont besoin de davantage qu’un symbole. Le syndicat estime qu’il faut désormais du temps pour manifester, du temps pour déjeuner, du temps pour débattre, du temps pour rentrer, et surtout du temps pour accepter psychologiquement l’idée qu’après avoir défendu le monde du travail, il faudra y retourner.

La CGT s’appuie sur plusieurs travaux internes pour justifier sa demande. Une note de 43 pages conclut qu’un 1er-Mai limité à une seule journée provoque depuis des années un effet de compression sociale dangereux. Entre le café du matin, le cortège, le second cortège, la discussion sur les retraites, la discussion sur les salaires puis l’angoisse du lendemain, la fête du Travail ne laisserait plus aux salariés qu’une fenêtre de détente réelle estimée à 17 minutes, ce que le syndicat juge “indigne d’une démocratie avancée”.

À Bercy, la proposition a été accueillie avec la lassitude propre aux gens qui avaient déjà prévu une mauvaise semaine. Le ministère de l’Économie redoute un précédent. Un haut fonctionnaire admet que si le 1er-Mai passe à 72 heures, d’autres revendications suivront mécaniquement, à commencer par un 8-Mai de 96 heures, une Pentecôte de convalescence, puis un vaste mois de novembre placé sous protection pour raisons de manque de luminosité. Le même responsable précise toutefois que personne, au ministère, n’a osé balayer totalement l’idée, plusieurs cadres reconnaissant qu’ils ne seraient pas opposés, à titre purement républicain, à un 1er-Mai se terminant au moins un dimanche.

Anticipant sur une éventuelle contre-position du gouvernement pour centrer ces 72 heures du vendredi au dimanche, quelle que soit la position calendaire exacte du 1er-Mai, la CGT veut inscrire dans le marbre que ces trois jours se dérouleront obligatoirement entre le lundi et le vendredi.

Dans les entreprises, la nouvelle a déjà créé un certain flottement. Plusieurs directions des ressources humaines disent comprendre la logique, tout en rappelant que leurs propres équipes ont besoin d’un peu de visibilité. Certaines ont demandé à la CGT si les 72 heures comprenaient également un délai de réadaptation au monde du travail, notamment pour les salariés ayant entendu plus de trois fois le mot austérité sans accompagnement psychologique. Le syndicat n’exclut pas cette piste et travaille déjà sur un dispositif complémentaire de “réveil social différé” incluant arrivée au bureau échelonnée et interdiction provisoire des réunions de cadrage.

La CGT a détaillé l’architecture du nouveau format. Le premier bloc serait consacré à la montée en charge sociale, avec installation progressive de l’indignation, réglage des slogans et coloriage des pancartes. Le deuxième serait dédié aux prises de parole, aux échanges entre salariés et à la consolidation du rapport de force dans un cadre apaisé mais ferme. Le troisième, enfin, relèverait d’une simple mesure d’hygiène sociale : il s’agirait de laisser aux salariés le temps de redevenir psychologiquement capables d’entendre les mots reprise, cadrage et effort sans présenter de signes immédiats de rejet.

Interrogé sur le coût d’une telle réforme pour les finances publiques, le syndicat répond que le coût d’un pays fatigué, tendu et mal remis de ses propres jours fériés reste à ce jour beaucoup plus élevé. L’argument n’a convaincu personne à Bercy, mais a été jugé suffisamment flou pour inquiéter Matignon.

En fin de journée, plusieurs économistes tentaient encore d’évaluer l’impact d’un 1er-Mai porté à 72 heures. Aucun n’a souhaité se prononcer avant lundi. Beaucoup avaient déjà commencé, par précaution, à poser leur vendredi.