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OVH : le cloud prend les armes

OVH le cloud prend les armes

ROUBAIX — Après avoir été approché par plusieurs ministères européens de la Défense pour des besoins allant du commandement augmenté par IA à l’orchestration de drones et aux communications militaires interopérables, OVHcloud a lancé une unité dédiée à la défense. Une évolution jugée logique par le secteur, qui découvre avec un léger vertige qu’en 2026, l’entreprise qui hébergeait hier encore des sauvegardes, des boutiques en ligne et des devis de plomberie peut désormais aussi, dans certaines limites, participer à la conduite d’opérations un peu plus tendues.

Selon plusieurs observateurs, le basculement se serait fait sans drame apparent. Un matin, l’Europe cherchait un cloud souverain. Le lendemain, elle demandait en plus s’il pouvait gérer des drones, sécuriser des communications de guerre et rester parfaitement calme sous pression. OVHcloud aurait simplement répondu avec cette sobriété typiquement informatique qui permet de faire passer des phrases très lourdes de conséquences pour une extension de service : “oui, nous ouvrons une verticale dédiée”.

Dans les couloirs de l’entreprise, certains salariés disent encore avoir besoin d’un temps d’adaptation. “Lundi, j’étais sur une question de sauvegarde redondée. Mardi, j’entendais les mots ‘interopérabilité des forces’ et ‘environnements sensibles’. Honnêtement, ça fait beaucoup pour une seule messagerie interne”, confie un cadre qui préfère rester anonyme, le temps de vérifier si son badge donne déjà accès au bunker.

Le groupe insiste pourtant sur une continuité parfaite. OVHcloud rappelle depuis des années son positionnement sur l’autonomie stratégique européenne face aux grands acteurs non européens. La nouveauté tient simplement au fait que cette souveraineté, jusque-là racontée avec des mots comme “infrastructure”, “résilience” ou “conformité”, se retrouve désormais invitée à parler drones, IA tactique et exigences militaires. En somme, le cloud français continuerait à faire ce qu’il sait faire, mais avec un vocabulaire beaucoup plus inquiétant.

Les premiers services seraient déjà en cours de définition. Hébergement souverain, architectures pour environnements critiques, expertise issue du monde militaire, conformité renforcée : tout cela avec l’ambition de proposer une alternative européenne crédible. Ce qui, traduit en français courant, signifie qu’un officier pourrait bientôt entendre sans ciller la phrase : “Nous avons bien pris en compte votre besoin d’orchestration de drones, un ticket a été ouvert.”

Le point le plus sensible resterait toutefois la question des délais. Plusieurs états-majors européens découvriraient avec une certaine émotion que les urgences militaires doivent désormais cohabiter avec le rythme traditionnel du support OVH. Dans un exercice récent, un colonel aurait ainsi signalé à 6 h 42 un besoin critique de synchronisation entre plusieurs unités, avant de recevoir à 14 h 17 une réponse lui demandant s’il avait “déjà tenté de redémarrer l’environnement concerné”. Un autre officier affirme avoir ouvert un ticket prioritaire intitulé opération en cours, merci de rappeler avant incident majeur, reclassé automatiquement dans la catégorie “demande technique générale”. De quoi nourrir une légère inquiétude dans les milieux de la défense, où l’on redoute désormais qu’une offensive coordonnée ne puisse dépendre, à un moment décisif, d’un technicien écrivant calmement : “Bonjour, nous revenons vers vous dès que possible.”

À ce stade, personne ne sait encore jusqu’où ira cette montée en puissance. Mais dans les milieux technologiques, une certitude s’impose déjà : entre deux questions de cybersécurité, de souveraineté et d’IA, le cloud européen est en train de réussir un exploit rare, celui de devenir brusquement beaucoup plus viril tout en continuant à s’appeler OVHcloud.