PARIS — Kévin Marduel, 34 ans, technicien de surface domicilié à Bobigny, a réussi mardi matin à relier la Porte de Clignancourt à la Porte d’Italie en 22 minutes chrono, sans excès de vitesse ni infraction relevée. Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire. Le Sénat se réunit en urgence jeudi.
C’est une dashcam qui a tout déclenché. La vidéo, postée mercredi sur les réseaux sociaux par l’épouse de Kévin Marduel, montrait le compteur, l’horodatage, et un Paris presque fluide sous une pluie fine de novembre. En quarante-huit heures, la séquence a été visionnée 14 millions de fois, dépassant le record précédent détenu par un chat jouant du xylophone.
Les premiers commentaires étaient incrédules. Puis les spécialistes ont pris la parole.
« Ce que nous voyons ici est statistiquement impossible », a déclaré le professeur Alain Vignot, titulaire de la chaire de Mobilité Urbaine Comparée à Sciences Po, dans une tribune publiée jeudi matin dans Le Monde sous le titre « Et maintenant, on fait quoi ? ». Son collègue de l’IFOP a immédiatement lancé un sondage pour savoir si les Français y croyaient. 61 % ont répondu non.
La Mairie de Paris a réagi avec prudence. Après avoir d’abord démenti les faits — « nos données ne confirment aucune traversée dans ce délai » —, la direction de la Voirie a reconnu qu’il y avait peut-être eu « une confluence exceptionnelle et non reproductible de facteurs favorables », avant de préciser que cela ne remettait « aucunement en cause la politique cyclable de la Ville ».
Kévin Marduel, lui, dit ne pas comprendre l’ampleur de l’affaire. Il roulait ce matin-là pour livrer un cumulus à son beau-père à Gentilly. Il était parti tôt « parce que le gosse avait mal dormi ». Il n’avait pas pris le périphérique, « parce que c’est toujours bouché ». Il avait simplement pris « les petites rues ».
Cette dernière précision a provoqué l’audition immédiate de sa femme par la commission des transports.
C’est la sénatrice Bénédicte Laroque-Fumey (Renaissance, Hauts-de-Seine), présidente de la sous-commission sur la Congestion Prévisible, qui a convoqué l’intéressé jeudi matin. Dans le communiqué officiel, elle souligne que « la reproductibilité d’un tel événement représenterait un risque systemique pour l’équilibre du réseau francilien » et demande que Kévin Marduel détaille précisément son itinéraire, « afin que les autorités compétentes puissent prendre les mesures qui s’imposent ».
Contactée, l’Île-de-France Mobilités a indiqué étudier la possibilité d’un « couloir réservé à la fluidité imprévisible », sans donner davantage de précisions.
De son côté, Waze a déjà intégré le trajet de Kévin Marduel dans son algorithme. L’application le propose désormais à ses utilisateurs sous le libellé « Itinéraire Marduel — 22 min (conditions exceptionnelles requises) ». Depuis le lancement de l’option, aucun conducteur n’a réussi à reproduire le trajet en moins de 1h14.



















