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Madrid devient médiateur de cour d’école entre adultes nucléaires

Madrid devient médiateur de cour d’école entre adultes nucléaires

PÉKIN — En déplacement en Chine du 11 au 15 avril, Pedro Sánchez a rencontré Xi Jinping à Pékin pour défendre un rapprochement sino-espagnol au nom du multilatéralisme, dans un contexte où le président chinois a décrit l’ordre international comme en train de “s’effriter” et de glisser vers la loi de la jungle. Depuis, plusieurs capitales auraient conclu qu’en cas d’effondrement général de la diplomatie mondiale, l’Espagne ferait sans doute un très bon surveillant de récréation.

Selon des sources diplomatiques qui tiennent désormais la planète avec les deux mains et un air las, Madrid aurait été choisie pour une raison simple : c’est le seul pays encore capable de dire à deux puissances fâchées de se calmer sans donner immédiatement envie à l’une des deux d’envahir quelque chose. Dans la nouvelle architecture internationale qui se dessine, l’Espagne ne serait ni une superpuissance, ni un arbitre, ni même un centre décisionnel. Elle serait plutôt ce grand élève sérieux à qui l’on confie les ciseaux quand le reste de la classe commence à lancer les chaises.

Le dispositif serait déjà prêt. Pedro Sánchez disposerait d’un sifflet, d’un classeur bleu intitulé Ordre mondial, de trois feutres effaçables et d’une phrase unique, répétée à intervalles réguliers aux États-Unis, à la Chine, à la Russie, à l’Iran, à Israël et à quiconque menacerait d’utiliser le mot “riposte” avant le déjeuner : “On se rassoit, on respire et on range ses missiles.”

À Bruxelles, plusieurs responsables européens admettent que la situation leur échappe doucement depuis des mois. L’idée de laisser l’Espagne tenir le calme relatif du monde leur paraît donc moins absurde que la plupart des options déjà testées. “Franchement, à ce stade, si quelqu’un arrive avec une chemise propre, un stylo qui marche et un ton posé, on écoute”, souffle un diplomate du continent en recollant l’étiquette “stabilité” sur une boîte désormais vide.

À Pékin, le choix espagnol serait vu d’un bon œil. Xi Jinping et Sánchez ont effectivement affiché leur volonté de renforcer les liens entre la Chine et l’Espagne, ainsi qu’entre la Chine et l’Union européenne, en invoquant la nécessité de défendre le droit international et le multilatéralisme dans une période de chaos mondial. En langage diplomatique normal, cela signifie coopération. En langage de cour d’école, cela signifie que quelqu’un doit enfin séparer les grands avant qu’ils ne recommencent à se pousser en criant que c’est l’autre qui a commencé.

Le nouveau rôle de Madrid serait d’ailleurs très concret. L’Espagne devrait tenir le cahier des incidents, vérifier qui a encore mordu le multilatéralisme, rappeler que les sanctions ne se lancent pas sur les autres comme des compas, et demander à chaque puissance de reformuler calmement sa menace sans lever la voix. Un prototype de “coin des nations contrariées” serait même à l’étude, avec deux chaises, une carafe d’eau et un petit panneau “on ne menace pas ses camarades avec des matières premières”.

Dans les chancelleries, certains redoutent déjà les premiers dérapages. Que faire si une puissance nucléaire refuse de rendre la balle ? Que faire si une autre accuse tout le monde de tricher ? Et surtout, que faire si les États-Unis et la Chine disent en même temps : “Madame, c’est lui” ? Pour l’instant, Madrid resterait sereine. Un proche du dossier affirme que l’Espagne a déjà connu des coalitions, des sommets européens et plusieurs mois de politique intérieure. Par conséquent, deux ou trois adultes nucléaires en crise ne lui paraissent pas totalement hors de portée.

À ce stade, rien n’est encore officiel. Mais l’idée progresse. Dans un monde où les grands empires parlent de civilisation, de guerre commerciale, de sphères d’influence et de réarmement, beaucoup se disent qu’il n’est peut-être pas absurde, au fond, de confier temporairement la cour à quelqu’un qui sait encore dire, avec dignité : “Très bien. Maintenant, vous vous excusez tous les deux, et personne ne touche au bouton.”

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