BERNE — Excédé par la prolifération des montres connectées capables d’appeler, d’écrire, de payer, de mesurer le sommeil, d’annoncer la pluie, de signaler le stress et de féliciter leur propriétaire pour avoir marché jusqu’au grille-pain, le Conseil fédéral suisse a annoncé ce lundi un vaste plan de “réarmement horloger” destiné à rappeler une vérité simple : une montre sert d’abord à donner l’heure.
Présentée comme une “mesure de salubrité mécanique”, la réforme prévoit une surtaxe immédiate sur tout garde-temps capable d’effectuer plus de trois actions sans aiguilles. Le texte, déjà surnommé par la presse locale “l’initiative anti-poignet bavard”, doit permettre de freiner l’importation de modèles jugés “confus sur leur vocation profonde”.
Le gouvernement dit vouloir “mettre un terme à une dérive fonctionnelle devenue moralement fatigante”. “Nous avons laissé faire trop longtemps”, résume un haut responsable bernois. “Au début, ces objets comptaient les pas. Ensuite ils lisaient les messages. Maintenant ils surveillent le sommeil, détectent le stress et annoncent à des adultes qu’il est temps de se lever. À ce rythme, d’ici deux ans, une montre exigera un week-end seule pour faire le point.”
Dans les manufactures helvétiques, la décision a été accueillie comme une délivrance. Plusieurs horlogers, visiblement au bord des larmes depuis 2019, disent enfin se sentir “vus, entendus et vaguement vengés”. L’un d’eux confie qu’il lui était devenu insupportable de voir des objets en silicone coloré recevoir davantage d’attention que cent cinquante ans de savoir-faire, uniquement parce qu’ils affichaient la qualité du sommeil d’un homme qui dîne à 23h37 devant une série policière.
Certaines mesures d’accompagnement ont également été prévues pour aider la population à revenir à un usage apaisé du temps. Des ateliers de rééducation seront ouverts dans plusieurs cantons afin d’apprendre aux citoyens à regarder une montre sans vérifier leur fréquence cardiaque, leurs mails professionnels, la météo de vendredi prochain ou l’état émotionnel supposé de leur organisme après deux escaliers.
Sans surprise, les fabricants de montres connectées dénoncent un protectionnisme déguisé. Plusieurs groupes ont fait savoir qu’ils étaient prêts à adapter leurs modèles au marché suisse en désactivant certaines fonctions jugées irritantes. Parmi les concessions déjà étudiées figurent la suppression des appels, des messages, du paiement mobile, du suivi du sommeil et des alertes bien-être, afin de proposer aux consommateurs helvétiques un produit recentré sur l’essentiel.



















