PARIS — Alors que le Sénat débat de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, le gouvernement aurait décidé d’anticiper la sortie du numérique par un dispositif jugé “à la fois protecteur, progressif et profondément français” : un permis à points pour adolescents rendus à leurs parents. Objectif affiché : accompagner le retour à la vie réelle sans brutalité, en encadrant les soupirs, les “c’est bon” et les regards au plafond dans un cadre républicain clair.
Selon les premières fuites, le permis ado serait délivré dès la coupure du dernier réseau social, après un entretien de vingt minutes, une photo d’identité morose et la signature d’une charte rappelant les droits et devoirs du mineur hors algorithme. Chaque jeune disposerait au départ de 12 points, rapidement amputables en cas de comportement non coopératif dans la sphère domestique.
Parmi les infractions les plus courantes, le gouvernement aurait déjà dressé une grille précise. Le “pfff” audible à table coûterait un point. Le “de toute façon y a rien à faire ici” en vaudrait deux. Le port prolongé du sweat à capuche en guise de signal diplomatique hostile entraînerait un retrait immédiat de trois points. Quant au célèbre “mais vous comprenez rien”, il ferait l’objet d’une amende forfaitaire éducative, payable en débarrassage du lave-vaisselle.
“Il ne s’agit pas de punir les adolescents”, aurait tenu à préciser un conseiller du dossier. “Il s’agit de recréer les conditions d’un vivre-ensemble acceptable entre un mineur, ses parents, un plafond et parfois un frère ou une sœur qui respirent trop fort.”
Dans les cas les plus lourds, des stages de récupération de points seraient proposés le mercredi après-midi dans des gymnases municipaux. Les participants y apprendraient à soutenir une conversation de plus de trois minutes sans téléphone, à regarder par la fenêtre sans motif précis, et à prononcer la phrase “oui, c’était bien ma journée” sans donner l’impression d’être interrogés à charge. Un atelier pilote de redécouverte du fruit en compote aurait déjà été annulé après un incident collectif de mutisme agressif.
Le ministère travaillerait également sur une signalisation nationale pour aider les familles. Un adolescent à 12 points resterait considéré comme “globalement vivable”. À 8 points, il entrerait dans la catégorie “présence variable”. En dessous de 4, la maison passerait officiellement en vigilance orange, avec limitation des débats sur l’heure du coucher et interdiction temporaire d’aborder l’orientation, les amis ou “le petit pull de Mamie”.
Plusieurs parents interrogés saluent déjà une mesure de bon sens. “Le mien a perdu deux points ce matin parce qu’il a levé les yeux au ciel avant même le petit-déjeuner”, raconte une mère de famille à Créteil. “Ça paraît sévère, mais il faut bien remettre un peu d’État dans tout ça.” Un père de Nantes se dit au contraire rassuré par l’existence d’un barème clair. “Avant, chacun improvisait sa République dans le salon. Là au moins, on a un cadre.”
Les adolescents, eux, dénoncent un texte “infantilisant” et “rédigé par des gens qui disent encore ‘les réseaux’”. Plusieurs mouvements de contestation auraient déjà émergé dans les collèges, avec pour principale revendication la reconnaissance du droit fondamental à répondre “ok” d’un ton insupportable sans conséquence administrative immédiate.
À ce stade, l’exécutif se veut confiant. Si l’expérimentation est concluante, le permis à points pourrait être étendu dès l’automne à d’autres catégories sensibles, notamment les adultes privés de café avant 9 heures et les oncles qui lancent un débat sur l’école au dessert.



















