DAKAR — Après le psychodrame autour de la finale de la Coupe d’Afrique des nations de football (CAN) 2025, remportée sur le terrain par le Sénégal puis réattribuée administrativement au Maroc par la Confédération Africaine de Football, l’instance africaine envisagerait une réforme de bon sens : interdire désormais à tout supporter, joueur ou chef d’État de fêter un titre avant expiration d’un délai réglementaire de 45 jours, le temps de vérifier le score, le règlement, les recours, les contre-recours et l’ambiance générale.
Selon les premières pistes de travail, toute célébration prématurée serait désormais considérée comme une prise de risque émotionnelle non homologuée. Les feux d’artifice, tours de bus, larmes en direct, étoiles cousues sur le maillot et messages “champions d’Afrique” seraient donc suspendus jusqu’à validation définitive du titre par un collège composé d’arbitres, de juristes, de gens très fatigués et d’un homme chargé de relire les annexes.
“Le football moderne ne peut plus reposer sur un simple coup de sifflet final”, aurait expliqué un responsable. “Il faut aussi laisser vivre la procédure. Un trophée, aujourd’hui, se célèbre à froid, comme un redressement fiscal ou une décision de copropriété.”
Dans ce nouveau dispositif, le vainqueur du soir ne serait plus officiellement champion, mais seulement “provisoirement euphorique”. Une médaille grise lui serait remise sur le terrain avec la mention : bravo, sous réserve. Le vrai trophée, lui, resterait enfermé dans une pièce neutre, sous scellés, entre un fax de la Confédération Africaine de Football (CAF) et un stagiaire en droit sportif.
Les supporters auraient été invités à adapter leur comportement. Ils pourraient applaudir modérément, se prendre discrètement dans les bras, voire sourire, mais uniquement sans montrer les dents. Toute manifestation de bonheur supérieur à trois secondes devrait être déclarée au préalable via un formulaire Cerfa CAF-2025-TITRE-ÉMOTION, disponible en quatre langues et deux versions contradictoires.
Les joueurs, eux, devraient se conformer à un protocole strict. Interdiction de courir avec le drapeau, d’appeler la famille en pleurant ou de hurler “on l’a fait” avant la fin du délai d’instruction. En cas d’écart, la CAF pourrait requalifier leur joie en “enthousiasme irrégulier” et ouvrir un dossier.
Le Maroc et le Sénégal disposeraient, dans ce cadre, de statuts mieux définis : l’un comme champion réglementaire, l’autre comme champion commémoratif. Une solution équilibrée, selon l’instance, qui permettrait à chacun de vivre sa vérité sans gêner excessivement le service juridique. Reuters a rapporté que le Sénégal continue d’afficher le trophée et de se présenter comme champion, tout en contestant la décision devant le Tribunal arbitral du sport.
Pour éviter tout nouveau malentendu, les prochaines finales devraient intégrer directement ce délai dans le calendrier officiel. À l’avenir, on aurait donc : match, prolongation, tirs au but, conférence de presse, appel, contre-appel, puis, six semaines plus tard, petite cérémonie sobre dans une salle polyvalente pour annoncer qui a effectivement gagné.
Plusieurs fédérations soutiendraient déjà la réforme, y voyant une avancée majeure pour la stabilité émotionnelle du continent. “C’est très sain”, résume un dirigeant. “Avant, on gagnait un trophée et on faisait la fête tout de suite. Maintenant, on va pouvoir attendre calmement un mois et demi avant de savoir si on a bien vécu quelque chose.”


















