PARIS — Face à l’engouement économique provoqué par les concerts de Céline Dion, le ministère de l’Économie a annoncé une réforme majeure de l’épargne française : le Livret A sera progressivement remplacé par un billet de concert nominatif, plastifié et conservé « dans un endroit sec, loin des enfants et des mauvaises décisions ».
Le nouveau dispositif, baptisé Livret C, permettra aux ménages de placer leur argent dans une valeur jugée plus stable que les marchés : une place assise, une date précise et la possibilité raisonnable de pleurer pendant le refrain.
« Les Français ne veulent plus regarder leur argent dormir sur un compte. Ils veulent le regarder dans leur boîte mail en se disant qu’ils ont peut-être fait une excellente opération », explique un conseiller de Bercy, en tenant un billet catégorie or avec des gants.
Selon les premières simulations de l’INSEE, un billet Céline Dion générerait un rendement émotionnel supérieur à celui du Livret A. Les intérêts ne seront plus versés en euros, mais en frissons, en photos floues, en souvenirs de parking et en phrases comme : « Même de loin, on sentait qu’elle était là. »
Les banques se sont déjà adaptées. Plusieurs établissements proposent désormais des comptes à terme “Pour que tu m’aimes encore”, avec capital bloqué jusqu’au rappel final. En cas de retrait anticipé, le client devra justifier son manque de confiance devant un conseiller spécialisé en épargne sentimentale.
Le plafond du Livret C sera fixé à 22 950 euros, mais pourra être dépassé en cas de siège bien placé, de pack VIP ou de volonté manifeste de participer à la relance nationale. Les billets seront exonérés d’impôt à condition de ne pas être revendus, pliés ou mentionnés plus de huit fois par dîner.
À Paris, les premiers effets sont déjà visibles. Les hôtels proches des salles de concert demandent à être classés en actifs stratégiques. Les parkings envisagent une cotation en Bourse. Un café aurait augmenté le prix de son croissant, expliquant qu’il ne vendait plus une viennoiserie, mais « une expérience pré-concert à forte valeur ajoutée ».
La Banque de France reste prudente. Elle alerte sur un possible emballement du marché, notamment sur les places situées près des allées, déjà considérées comme trop exposées aux larmes. Un comité de surveillance sera chargé d’éviter toute bulle spéculative sur les rangs avec bonne visibilité.
Certains économistes s’inquiètent toutefois de voir l’épargne française dépendre d’une seule grande voix. « Une économie moderne ne peut pas reposer uniquement sur des refrains, des projecteurs et des fans capables de payer une chambre d’hôtel 380 euros », estime un expert, avant de préciser qu’il a lui-même acheté deux billets « par diversification patrimoniale ».
Le gouvernement assume pleinement cette nouvelle stratégie. Pour Bercy, la France ne manque pas d’épargne, mais de chansons capables de la faire circuler. Un haut fonctionnaire résume la doctrine : « Le Livret A gardait l’argent immobile. Le billet Céline Dion le transforme en nuitée, en restaurant, en taxi, en mouchoir et en croissance intérieure. »
Une version populaire du dispositif est déjà à l’étude : le Plan Épargne Karaoké, destiné aux Français n’ayant pas obtenu de billets. Il permettra d’investir dans un micro Bluetooth, une enceinte et une soirée entre amis déclarée comme activité économique domestique.
L’État envisage enfin d’intégrer les applaudissements dans le calcul du PIB. Lors des concerts, chaque spectateur sera invité à applaudir fort, longtemps, et de manière fiscalement responsable.



















