Accueil / Sports / Multipropriété : l’UEFA autorise désormais le prêt de supporters entre clubs frères

Multipropriété : l’UEFA autorise désormais le prêt de supporters entre clubs frères

Racing Club de Strasbourg - Stade de la Meinau

STRASBOURG — Afin de fluidifier la gestion des clubs appartenant au même groupe, l’UEFA a validé ce mardi un nouveau mécanisme de “mobilité affective” permettant aux équipes sous multipropriété de se prêter non seulement des joueurs, des recruteurs et des méthodes de pressing, mais aussi des supporters. Une mesure immédiatement saluée par BLUECO, qui y voit un moyen moderne d’optimiser l’engagement émotionnel à l’échelle européenne, notamment entre Chelsea et le Racing Club de Strasbourg.

Selon le texte, les clubs concernés pourront désormais demander le transfert temporaire de 800 à 1 500 fans sur une période de deux à six rencontres, avec option d’achat en cas de chants satisfaisants. L’objectif affiché est simple : éviter qu’un club frère disputant un barrage européen capital ne se retrouve soutenu par des gens insuffisamment formés à la logistique continentale, au pessimisme structuré ou à l’usage discipliné de l’écharpe.

À Strasbourg, la nouvelle a été accueillie avec le calme très relatif qu’on associe d’ordinaire aux grandes avancées administratives du football moderne. Dès mercredi matin, plusieurs documents internes évoquaient la possible arrivée de 320 supporters londoniens au sein du kop alsacien pour muscler l’intimidation vocale lors des affiches à enjeu, en échange de 180 Strasbourgeois envoyés à Londres afin de densifier les soupirs dans les matchs où Chelsea mène 2-0 mais donne malgré tout l’impression de se compliquer la vie.

BLUECO parle d’un projet cohérent, centré sur les synergies. Après les données, les réseaux, les stratégies de recrutement et les tableaux Excel, le groupe estime logique de mutualiser aussi la ferveur. Le supporter moderne, considère-t-on en interne, ne doit plus être vu comme un simple habitué du stade, mais comme une ressource émotionnelle mobile, capable de s’adapter à plusieurs couleurs à condition qu’on lui fournisse un guide PDF correct, un accès transport et une phrase claire sur qui il faut détester ce soir-là.

Le dispositif prévoit trois niveaux de prêt. Le prêt sec concerne les supporters immédiatement opérationnels, déjà capables de huer un arbitre en trois langues. Le prêt avec accompagnement s’adresse aux profils plus locaux, qu’il convient d’initier progressivement à de nouveaux réflexes, comme applaudir un joueur prêté par son propre propriétaire après l’avoir insulté la saison précédente. Enfin, le prêt avec obligation de retour vise les abonnés les plus enracinés, jugés trop instables émotionnellement pour supporter plus de deux semaines loin de leur buvette d’origine.

Le Racing Club de Strasbourg ferait figure de laboratoire idéal. Sérieux, appliqué, attachant, régulièrement traversé par des séquences où l’on ne sait plus très bien s’il faut rêver d’Europe ou vérifier d’abord le maintien, le club alsacien offrirait selon BLUECO un terrain parfait pour tester la compatibilité entre culture populaire locale et management globalisé des affects. Plusieurs ateliers pilotes auraient déjà été préparés, dont “Apprendre à encourager un club sans connaître exactement la stratégie du groupe”, “Conserver une haine sincère dans un environnement de gouvernance partagée” et “Différencier l’amour du maillot d’une simple réallocation de portefeuille”.

L’UEFA, de son côté, insiste sur l’aspect pratique de la réforme. Avec la multipropriété, les compétitions européennes sont devenues suffisamment confuses pour qu’il paraisse raisonnable d’harmoniser aussi les tribunes. Il n’est plus rare, souligne l’instance, qu’un même actionnaire suive avec émotion deux clubs dont les supporters se détestent, ou que des fans passent une soirée entière à insulter un modèle économique qui finance en partie leur latéral gauche. Dans ce contexte, se prêter des supporters serait presque une mesure de clarification.

À Strasbourg, certains fans disent vouloir attendre de voir. D’autres ont déjà posé des conditions très simples : aucun prêt de supporter ne sera accepté sans garantie écrite sur le respect des habitudes locales, l’interdiction de remplacer la flammekueche par un buffet “expérience premium”, et le maintien du droit fondamental à râler contre la direction même lorsque cette dernière investit proprement et parle de projet sur cinq ans.

Les premiers échanges tests auraient toutefois été encourageants. Un petit groupe de supporters envoyé à Londres ce week-end aurait réussi, en moins de vingt minutes, à expliquer à plusieurs abonnés de Chelsea qu’il était tout à fait possible d’aimer son club tout en entretenant une méfiance diffuse à l’égard de tout ce qui se décide au-dessus de la ligne médiane. En retour, les visiteurs anglais présents à Strasbourg auraient été chaleureusement intégrés après avoir compris qu’ici, pour être crédible, il ne suffit pas de chanter fort : il faut aussi souffler longuement en regardant un classement, comme si l’histoire entière du football complotait pour empêcher une saison tranquille.

En cas de succès, le mécanisme pourrait être élargi dès la saison prochaine. L’UEFA n’exclut pas d’autoriser à terme les prêts de mascottes, d’anciens abonnés grognons et de groupes WhatsApp de supporters, à condition que tout cela reste compatible avec l’intégrité des compétitions, la fluidité du marché et un minimum de dignité humaine.

Étiquetté :